La mort de l’aide au développement : pourquoi elle ne fonctionne pas et comment une meilleure solution est possible pour l’Afrique. C’est le nom du dernier livre à succès d’une économiste zambienne, Dambisa Moyo. Cette dernière n’est pas n’importe qui : bardée des diplômes, elle a été consultante à la Banque mondiale et chez Goldman Sachs… Avec la publication de ce livre, elle est devenue la voix de ceux qui se montrent hostiles à l’aide au développement, à côté de tant d’autres. Par Oasis KODILA TEDIKA.



 
Les pays de l'Union européenne et les pays ACP

 

De l’entrée de jeu, son titre est évocateur mais aussi provocateur. Dambisa Moyo a passé un communiqué nécrologique : l’aide est morte. Se livrer à un tel exercice exige dorénavant prudence. Ceux qui ont emprunté, sans faire attention, cette voie – avant elle – en ont fait les frais : Nietzsche avec la mort de Dieu, ce dernier vit toujours ; Robert Lucas, prix Nobel d’économie avec la mort de keynésianisme, Keynes a ressurgi, selon beaucoup, surtout avec l’actuelle crise économique. Tout bien considéré, n’a-t-elle pas été pressée de se présenter devant la place publique pour une telle annonce ? Car au-delà de tout, il faut reconnaître aussi que l’aide est fondée sur une qualité intrinsèque de l’homme : la générosité. Tant que cette qualité existera, l’assistance en personne en danger existera aussi. Qui plus est, on est presque tenté de dire que le début du titre de son pamphlet est juste une technique marketing.

Même s’il faut, par ailleurs, se mettre dans sa peau : affirmer que l’aide est inefficace nous paraît trop osé sauf si on s’appelle Peter Bauer, version première du scientifique contestant l’efficacité de l’aide. Dans le cas de Dambisa Moyo, cela pourrait se comprendre car native de la Zambie, un pays où l’expérience de l’aide n’a rien apporté de bon. Peut-être de la nostalgie de sa part.

William Easterly, que l’on classe depuis à côté d’elle à tord de fois, affirme que le bilan de l’aide est tout simplement mitigé. Et la littérature économique scientifique à ce sujet est éloquente : l’aide publique peut s’avérer efficace, mais à condition de remplir un critérium. Donc, sans ce préalable, elle est inefficace et même très dangereux. Sous cet angle, elle a complètement raison. Dans le cas contraire, non.

De plus, s’il faut considérer l’histoire, le bilan dressé par W. Easterly et tant d’autres se confirme. Ghana et Ile Maurice, par exemple, sont des succès, tandis que les expériences zambienne et mauritanienne sont des échecs frappants. Et des cas plus complexes existent aussi : les pays d’Amérique latine, la Corée du Sud…

Revenons à elle. A la mort de l’aide, Dambisa Moyo ressuscite d’autres solutions, notamment le commerce. Rendre l’Afrique mercantile est une solution qui mérite d’être analysée. Encore une fois, la littérature scientifique économique ne cesse d’arguer que les solutions toute faites peuvent se révéler sous optimales.

Si on en croit certains, les pays ayant connu récemment la croissance miraculeuse sont loin d’être ceux qui sont les plus ouverts. En plus, rattraper les autres continents développés au prix de l’ouverture est un autre slogan qui existe dans l’histoire. Sans remonter dans un passé très lointain, dans les années 80, Peter Bauer a initié « Pas d’argent sans commerce ». Cela a constitué même un des dix commandements du consensus de Washington. Plaquer les recommandations de ce consensus s’est révélée être une erreur déplorable. Aujourd’hui encore, on s’en plaint.

Aussi, bâtir la croissance sur les exportations peut être un pari risqué. Certes, les études empiriques font apparaître une corrélation étroite entre la croissance économique et celle des exportations. Mais, c’est se livrer aux caprices de la conjoncture dans les pays-importateurs. Quand celle-ci est bonne, il n’y a pas de problème : la croissance est là. En revanche, quand un choc affecte ses partenaires-importateurs, le pays exportateur se voit impuissant ; ses marges de manœuvre étant rétrécies, car sa croissance est fonction de facteurs hors de son contrôle. C’est le cas de figure, par exemple, de la Chine avec la crise actuelle. Mais il n’y a pas qu’elle dans cette posture.

Le commerce reste donc une bonne chose (nous croyons en lui d’ailleurs), mais pas une panacée. C’est seulement une condition nécessaire au développement et non une condition suffisante. Que les « ingénieurs » et les « entrepreneurs » de la politique économique fassent donc attention à ce qu’il faut prodiguer au Prince comme conseil. Qu’il ne torde pas le message de Dambisa.

Quelle autre leçon retenir ? Des solutions prêt-à-porter peuvent être des idées discutables. Mais ce dont les économistes sont sûrs ce que la croissance va améliorer l’avenir des africains. Seulement la manière de s’y prendre ne se trouve, semble-t-il, sur aucun catalogue. Les économistes nagent donc dans un océan d’incertitudes. Point de fatalité pour autant. Il suffit juste de trouver la baguette magique : les tigres et les dragons d’Asie l’ont récemment trouvé, parait-il.

Mis à jour (Dimanche, 01 Novembre 2009 22:38)

 

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