L'interdiction « dès 2010 de l'exportation de bois en grumes » du Gabon annoncée en conseil des ministres d'Ali Bongo début novembre sera effective, malgré les réticences du secteur, à la fin de l'année, a appris jeudi l'AFP auprès de son gouvernement et de sources concordantes.




 

 

« La mesure sera effective. Elle est confirmée », a affirmé à l'AFP un conseiller du ministère des Eaux et Forêts sous couvert de l'anonymat.

Le 6 novembre, le gouvernement avait annoncé dans la discrétion « l'interdiction, dès 2010, de l'exportation du bois en grumes au profit de la transformation locale de nos essences forestières en vue de créer davantage de richesses nécessaires à juguler le chômage (...) et exporter des produits finis et semi-finis à forte valeur ajoutée ».

« On nous a indiqué que la mesure sera appliquée dès le mois de janvier et n'était pas négociable », a affirmé à l'AFP un professionnel du secteur. La transformation des matières première gabonaises sur le territoire national était une des priorités du programme électoral d'Ali Bongo Ondimba.

Les deux principaux syndicats forestiers ont reconnu qu'il fallait tendre vers l'industrialisation du secteur mais estiment qu'il y a un problème de calendrier.

Ali Bongo veut qu'on arrête de faire n'importe quoi dans la forêt gabonaise et il siffle la « fin de la récréation », affirme Gérard Moussu, secrétaire général de l'Union des forestiers industriels du Gabon et aménagistes (UFIGA) regroupant les principaux poids lourds du secteur.

Mais cette mesure « vient trop vite », souligne-t-il. « Nous avons toujours été en phase avec la politique du gouvernement et nos membres tendent tous vers l'objectif de 75% » de transformation locale des grumes avant 2012, selon ce qu'a fixé la loi de 2001.

« Cela nous chagrine qu'on mette tout le monde dans le même sac: ceux qui ont fait des efforts sur l'aménagement et l'exploitation durable et ceux qui n'ont jamais eu l'intention d'en faire », ajoute-t-il. « On espère que Ali Bongo fera le distingo entre les uns et les autres ».

Pour le Syndicat des forestiers du Gabon (Synfoga), « la mesure est bonne (...) mais on ne peut pas tout faire du jour au lendemain. Il faut laisser le temps au temps », affirme Jean-Pierre Georget, qui estime qu'il faut aussi des « mesures d'accompagnement ».

D'autres membres du secteur estiment qu'on va vers de « nombreuses faillites et la perte de milliers d'emplois en changeant les règles au dernier moment », selon un petit exploitant.

Le sujet pourrait être l'un des thèmes abordés vendredi lors de la rencontre à Paris entre Ali Bongo et Sarkozy, la France ayant d'importants intérêts dans la filière.

Environ 3 millions de m3 de bois, dont 1,8 m3 de grumes non traitées, sont exportés tous les ans du Gabon, dont la forêt est estimée à 20 millions d'hectares.

En dehors de la fonction publique, le bois est le principal employeur gabonais. Selon les différentes estimations, on estime que la filière pèse pour 10.000 emplois directs et 20.000 indirects.

Le Gabon pourrait être à l'avenir un des grands bénéficiaires des compensations financières mondiales pour les pays préservant leur forêt. La forêt du Bassin du Congo est considérée comme le deuxième « poumon » de la planète après l'Amazonie.

Mis à jour (Vendredi, 20 Novembre 2009 13:43)

 

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