Pas un ! Je dis bien : pas un qui ne m’ait dit : « Je n’ai plus de nouvelles de mon frère. » « J’ai trois amis qui ont disparu! » « J’ai deux amis d’enfance qui ont disparu. Leurs familles deviennent folles ! » (Il faut vous dire dire que je suis en train de recueillir des témoignages). Par Sylvie Lasserre.
Ils parlent des récentes disparitions survenues après les événements de juillet à Urumqi.
Entendant cela, impossible de ne pas faire le rapprochement avec les événements de Guldja (Turkestan chinois) - les derniers événements « graves » avant ceux d’Urumqi, et très gravement réprimés au Turkestan, comme ceux d’Urumqi, survenus en février 1997 : des disparitions similaires avaient été signalées.
Et moi je suis fatiguée d’entendre cela ! Que puis-je faire ? Sinon en parler ici et me faire insulter par les pro-chinois ? Qu’importe…
Les chiffres ? Impossible à obtenir. Evidemment. Ce n’est pas le gouvernement chinois qui nous les fournira… Mais : selon une méthode mathématique très classique reposant sur les probabilités et que j’ai souvent utilisée lors de mes études de physique, ils sont très faciles à établir, par extrapolation.
Alors allons-y !
Compte tenu du fait que parmi tous les Ouïgours que j’ai rencontrés en Europe après les événements de cet été, pas un ne m’ait signalé une disparition.
Compte tenu du fait que la population ouïgoure du Turkestan est de 8 millions de personnes.
Supposons qu’il y ait 4,5 membres par famille en moyenne (hypothèse : les familles ouïgoures ont entre deux et trois enfants). Divisons : cela fait 1 700 000 familles ouïgoures au Turkestan oriental en moyenne.
Supposons que ceux qui m’ont parlé et m’ont signalé les cas de disparition dans leur entourage, ont parlé de la population de leur mahalla - la mahalla (le quartier) a une importance énorme au Turkestan - et de leurs connaissances.
Prenant en compte, donc, l’hypothèse de la mahalla, la personne qui m’a parlé de trois amis disparus, m’a sans doute parlé de trois amis disparus parmi… allez… 100 familles (450 personnes, le nombre d’invités d’un mariage ouïgour très moyen) le nombre de famille que l’on peut connaître dans sa mahalla et son entourage.
Ceux qui m’ont parlé de leur frère disparu (un sur deux), eux, je considère que c’est un sur un. Vous me suivez toujours ?
J’en déduis, approximativement mais sans écart majeur je pense, que parmi une famille sur… allez… 40, dans le pire des cas 60… a un fils disparu.
Cela ferait donc : 28 000 disparus dans le cas le plus optimiste (un membre d’une famille sur 60 a disparu), et 42 500 disparitions dans le cas le plus optimiste (un membre d’une famille sur 40 a disparu). Je me place, encore une fois, dans le plus pessimiste des cas, faisant fi de ceux dont le frère a disparu, ne parlant que de ceux dont, dans l’entourage - la mahalla -, un proche a disparu)
Ajouter à cela que les disparus sont toujours de jeunes hommes, âgés de vingt à trente ans.
Cela nous fait donc de 28 000 à 42 500 jeunes hommes disparus (dans le meilleur des cas).
Ajouter à cela les envois massifs de jeunes filles ouïgoures en Chine intérieure pour travailler dans les usines de l’Est.
Cela commence à poser vraiment problème.
Les opposants ouïgours exilés parlent d’ethnocide (Rebiya Kadeer, Erkin Alptekin…). Ils n’ont aucune notion de statistique….
Ajouter à cela qu’aucune disparition de Chinois han n’a été signalée à ce jour à ma connaissance.
Alors comment faut-il dire ?
Génocide ? Ethnocide ? Modernisation de l’Ouest de la Chine ?
A vous de juger. Ce n’est à moi de le dire.
Lire aussi le rapport de HRW (Human Rights Watch) qui vient de publier un rapport sur ce sujet.
N.B : les personnes qui figurent sur cette photo sont prises sur le vif, à leur insue. Ils ne m’ont jamais accordé leur autorisation et n’ont, a fortiori, aucun lien avec cet article.
P.S : les jeux de mots « génocide » ou pas ont fait perdre beaucoup de temps aux victimes du Rwanda…
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Mis à jour (Mardi, 27 Octobre 2009 13:21)






















