« Je confirme qu’il existe bien un document signé par Moussa Koussa et qu’un financement a bien été reçu par M. Sarkozy ». L’homme qui parle est celui qui a validé en 2006 le principe d’un financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye. Baghdadi Ali al-Mahmoudi était le secrétaire général du « Comité populaire général », soit le chef du gouvernement libyen, dont les « instructions » sont mentionnées en toutes lettres dans la note du 10 décembre 2006 révélée par « Mediapart ». Sources : « Mediapart », « AFP ».

Les beaux vieux temps : Le président français Nicolas Sarkozy (gauche) et son homologue libyen, le colonel Kadhafi (droite).
Depuis la révélation, samedi 28 avril 2012 [1], de ce document explosif, l’« Élysée » a fait feu de tout bois contre « Mediapart ». Dénonçant une« infamie » et un « montage », le président de la République a déposé plainte pour « faux et usage de faux », « recel de ces délits » et « publication de fausses nouvelles » lundi 30 avril 2012 et obtenu, dans l’heure qui a suivi, l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris. De son côté, « Mediapart » a déposé à son encontre, mercredi 02 mai 2012, une plainte pour « dénonciation calomnieuse ».
Dès dimanche 29 avril 2012, l’« Élysée » s’est efforcé d’éteindre l’incendie auprès des acteurs de l’ancien régime sur lesquels il a gardé prise. Bachir Saleh, le destinataire de la note, présent à Paris bien que recherché par « Interpol », et Moussa Koussa, son signataire, réfugié au Qatar, ont démenti sous couvert de leurs avocats l’existence d’un tel document, évoquant, pour le premier, des « réserves » sur son authenticité et, pour le second, des « histoires falsifiées ».
Aujourd’hui détenu en Tunisie, M. Baghdadi a confirmé, mercredi 02 mai 2012 au soir, à « Mediapart », par l’intermédiaire de l’un de ses avocats, Me Béchir Essid, tant l’existence de la note signée par Moussa Koussa, ancien chef des services secrets libyens, que le montant de 50 millions d’euros débloqués en 2007 par le régime Kadhafi pour l’actuel chef de l’État français.
« LE MONTANT DE 50 MILLIONS D'EUROS EST JUSTE »
« Ce financement par M. Kadhafi et la Libye est attesté par un document officiel signé par Moussa Koussa à travers la valise de financement africain », a confirmé M. Baghdadi. Le « Libyan African Portfolio (LAP) (fonds libyen des investissements africains) », présidé par Bachir Saleh, était effectivement le destinataire de l’ordre de paiement pour la campagne de M. Sarkozy dans le document du 10 décembre 2006. Le « LAP » était considéré comme l’une des caisses noires du régime.
Le témoignage qu’apporte aujourd’hui l’ancien premier ministre libyen, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, à « Mediapart », à travers son avocat, pulvérise les contre-feux présidentiels français. « Nous avons participé à la réussite de M. Sarkozy et au financement de sa campagne présidentielle de 2007 », a fait savoir l’ancien chef de gouvernement par la voix de Me Béchir Essid, qui a rencontré son client en prison pendant plusieurs heures mercredi 02 mai 2012 :
« Le montant de 50 millions d’euros est juste », d’après les déclarations de M. Baghdadi à son avocat, Me Béchir Essid. Ce dernier précise à « Mediapart » : « Il m’a parlé du financement, du document et du montant ; et le financement a bien été fait de Kadhafi vers Sarkozy ». Actuellement incarcéré à Tunis, dans l’attente d’une éventuelle extradition vers la Libye, Baghdadi Ali al-Mahmoudi, qui fut premier ministre de 2006 jusqu’à la chute du régime Kadhafi, ne cache pas son incompréhension devant l’engagement de Nicolas Sarkozy dans la guerre, déclenchée au printemps 2011 [2]. « Il ne comprend pas la rancune de M. Sarkozy et son acharnement à être l’un des principaux artisans de l’attaque du pays qui l’a financé, soutenu et aidé pour sa campagne à hauteur de 50 millions d’euros », insiste l’avocat. « M. Sarkozy a été l’un des plus haineux contre M. Kadhafi et son régime », ajoute-t-il encore.
L’avocat, ancien bâtonnier de Tunis qui fut emprisonné sous les dictatures de Bourguiba et Ben Ali, a fait savoir à « Mediapart » qu’il envisageait de tenir, jeudi 03 mai 2012, en fin de matinée à son cabinet, une conférence de presse afin de préciser encore les déclarations explosives de son client. Un deuxième avocat de l'ex-Premier ministre libyen, visé par deux demandes d'extradition de Tripoli, a confirmé à l'AFP la version de Me Essid. Il a ajouté que son client croit que « le président français est derrière sa détention prolongée » en Tunisie « afin que les détails sur le financement de sa campagne 2007 ne soient pas révélés », a dit Me Mabrouk Kourchid. L'ex-chef du gouvernement libyen a été hospitalisé mercredi 02 mai 2012 à Tunis pour cause d'« hémorragie interne », a-t-il dit.
L’« association Amnesty International » a estimé que le retour en Libye de M. Baghdadi l’exposerait « à de réels risques de graves violations des droits de l’homme, notamment la torture, une exécution extrajudiciaire et un procès injuste ». Des « ONG » tunisiennes ont également appelé à « ne pas remettre Baghdadi aux autorités libyennes vu l’instabilité de la situation sécuritaire dans le pays ».
SARKOZY RECUSE ENCORE LE FINANCEMENT LIBYEN EN 2007
A trois jours du second tour de l'élection présidentielle, le président-candidat Nicolas Sarkozy a de nouveau récusé jeudi 03 mai 2012 les accusations d'un financement par la Libye de sa campagne électorale de 2007, réitérées par l'ex-Premier ministre libyen, incarcéré en Tunisie. M. Sarkozy a repris le terme d'« infamie » pour qualifier ces accusations. « C'est grotesque », a-t-il ajouté sur « Canal + ». « Le gouvernement libyen a indiqué que c'était un faux, le traducteur de M. Kadhafi a indiqué que c'était un faux, le destinataire du fameux virement a indiqué que c'était un faux », a-t-il dit. « Qui croit à de pareilles fadaises ? », a-t-il demandé [3].
« Ingratitude » selon l'ex-Premier ministre libyen qui a regretté « l'ingratitude de Sarkozy qui, en cadeau de retour, a été le premier à envoyer les troupes de l'+ OTAN + en Libye », selon son avocat, qui n'a pas précisé quand ces propos ont été tenus. L'opération de financement a été effectuée par le « Fonds Libyen des investissements africains », a ajouté Me Essid. Ce fonds était dirigé par Bachir Saleh, ex-directeur de cabinet de Kadhafi, pris en photo mercredi 03 mai 2012 à Paris par « Paris Match ». Tripoli, qui le recherche pour fraude via « Interpol », a demandé son extradition à Paris.
Son adversaire François Hollande a estimé qu'il valait « mieux (...) laisser passer la campagne » avant de se pencher sur ces soupçons de financement libyen de la précédente campagne de son rival.
M. Sarkozy a porté plainte lundi 30 avril 2012 contre « Mediapart » pour la publication du document et le « parquet de Paris » a ouvert une enquête préliminaire pour « faux et usage de faux » et « publication de fausses nouvelles ». Et « Mediapart » a répliqué mercredi 02 mai 2012 avec une plainte en « dénonciation calomnieuse » contre M. Sarkozy, qui ne peut cependant pas être poursuivi durant son mandat et dans un délai d'un mois suivant une cessation de ses fonctions. Les avocats de « Mediapart », Mes Jean-Pierre Mignard et Emmanuel Tordjman, ont demandé au « parquet de Paris » de s'assurer que al-Baghdadi al-Mahmoudi puisse répondre à la justice française.
VIDÉO : SARKOZY MENTEUR PROFESSIONNEL
NOTE :
[1] Lancées en mars 2011 par le fils du colonel Kadhafi, Saïf Al-Islam, les accusations ont été reprises ce week-end par la publication d'une note controversée par le site d'informations « Mediapart », affirmant que Tripoli avait accepté de financer pour « 50 millions d'euros » la campagne de M. Sarkozy en 2007.
[2] Arrivé (M. Baghdadi) au mois d’août 2011 dernier en Tunisie, où il a trouvé refuge pendant la chute de Tripoli, l’ancien chef du gouvernement libyen a été arrêté et condamné pour « entrée illégale » dans le pays, le 22 septembre 2011, avant d’être finalement relaxé par la cour d’appel de Tozeur. Il reste cependant placé sous écrou extraditionnel à la demande de la Libye.
[3] Quant au chef du « Conseil national de transition (CNT) », Mustapha Abdeljalil, qui doit son poste à la France, il a assuré n’avoir « retrouvé aucune référence à cette lettre dans les archives libyennes » et a estimé que cette lettre « est fausse et fabriquée ». Mais le directeur administratif du « CNT » a immédiatement mis en doute ces affirmations.
Lire également, les articles suivants :
>> SARKOZY / KADHAFI : LA PREUVE DE FINANCEMENT DE LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE 2007.
>> SARKOZY / KADHAFI : BIENTÔT LA PREUVE DU DEAL POUR LA LIBÉRATION DES INFIRMIÈRES BULGARES.
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Mis à jour (Jeudi, 03 Mai 2012 21:46)























