Le « web » s'apprête à vivre une révolution avec la libéralisation de la création de « noms de domaine », mais cette initiative, décidée par l'organisme qui gère les suffixes sur internet, inquiète, de l'« ONU » au secteur privé en passant par le « Congrès américain ».



Le signe arobase utilisé pour les adresses mails. 


L'« Icann », l'agence indépendante chargée de réglementer les noms de domaine sur internet pour le monde entier, va accepter à partir de jeudi 12 janvier 2012 les demandes déposées par des entreprises pour créer de nouveaux « noms de domaines ». Cela va permettre que des adresses internet se terminent autrement qu'avec les traditionnels « .com, .org, .net » ou des lettres signalant divers pays « .fr, .ca, etc... ». Que ce soit pour obtenir le suffixe de leur marque « .apple, .toyota ou .nutella », d'un produit (.camera, .velo, .chaussure), ou d'un autre mot de leur choix, les sociétés ont jusqu'au 12 avril 2012 pour soumettre leur demande. L'« Icann » a indiqué qu'il en coûterait 185.000 dollars pour demander un nouveau suffixe, puis 25.000 dollars de frais annuels. C'est « une révolution dans le système des + noms de domaine + », estime le président de l'« Icann » Rod Beckstrom.

Cet élargissement est rendu nécessaire par l'explosion du nombre d'internautes, à deux milliards de personnes dans le monde, dont la moitié en Asie, explique l'« Icann ». Actuellement, internet fonctionne avec le standard « IPv4 », qui permet l'existence de « seulement » 4 milliards d'adresses. Cela fait plusieurs années que l'« Icann » demande l'adoption du nouveau standard « IPv6 », qui permet l'existence d'environ 340 sextillions d'adresses (soit 340 fois 10 suivi de 36 zéros) : suffisamment pour que mille milliard de gens disposent chacun de mille milliards « d'adresses IP », selon M. Beckstrom. Mais nombreux sont les adversaires de cette réforme.

Le mois dernier, 25 institutions internationales, dont le « Fonds monétaire international », ont adressé une lettre à l'« Icann » pour signifier leurs inquiétudes quant à un éventuel « mauvais enregistrement et une mauvaise utilisation » de leurs noms. L'« Association nationale américaine des annonceurs » et des groupes non-lucratifs tels que la « fédération d'associations sportives (YMCA) » ont vertement critiqué cette initiative lors d'une audience au « Congrès » le mois dernier (décembre 2011). Les opposants craignent qu'elle augmente le risque de fraude et d'usurpation de marques, ce qui, plaident-ils, va les forcer à consentir d'importants investissements pour se protéger.

L'« Icann » a tenté de désamorcer les critiques à maintes reprises. « Si quelqu'un demande .nationsunies, il aura perdu ses 185.000 dollars de frais de dossier car il n'a aucun droit à ce nom », a expliqué à des journalistes Jamie Hedlund, vice-président de l'« Icann ». Le « Comité international olympique (CIO) » et le « Comité international de la Croix Rouge (CICR) » se sont notamment entendus avec l'« Icann » pour que leurs noms ne soient pas enregistrés, a-t-il d'ailleurs indiqué. L'« Icann » est « très sensible » aux inquiétudes soulevées par les organisations internationales le mois dernier, a toutefois souligné son président Rod Beckstrom, assurant que l'institution allait « répondre à leur lettre ». Un panel d'expert en propriété intellectuelle permettra en outre d'arbitrer les différends opposant plusieurs candidats pour une même marque déposée, a-t-il également fait valoir. Si l'Icann n'a donné aucun chiffre, des experts indépendants estiment qu'entre plusieurs centaines et 4.000 demandes vont être soumises d'ici le 12 avril 2012. La liste complète des nouveaux « suffixes » sera publiée en mai 2012.

Le prochain appel d'offre devrait intervenir d'ici deux ou trois ans.

Mis à jour (Vendredi, 17 Février 2012 14:08)

 

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