La musique n’adoucit pas franchement les mœurs. Surtout pas les chants qui dénoncent l’autoritarisme de Vladimir Poutine en profanant les saints chrétiens. Les trois jeunes femmes du groupe « Pussy Riot » jugées pour une « prière punk et féministe » contre Vladimir Poutine en février 2012 dans la principale « cathédrale de Moscou » ont clamé lundi 06 août 2012 leur innocence, tout en regrettant avoir pu heurter les sentiments religieux des croyants.



Tremblez, revoilà les trois punkettes démoniaques ! Nadejda Tolokonnikova (22 ans), Ekaterina Samoutsevitch (29 ans), et Maria Alekhina (24 ans), plus connues sous le nom évocateur de leur groupe, les « Pussy Riot », expression anglaise qu’on peut traduire, au choix, par « les minettes révoltées », « les femmes insurgées » ou encore… « les chattes explosées ».


En février 2012
, visage dissimulé sous des cagoules colorées, cinq jeunes femmes montent sur l’estrade de l’autel de la « cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou ». « Marie mère de Dieu, chasse Poutine », entonnent-elles. Dans un couplet, elles dénoncent le soutien de l’Eglise à l’Etat avant d’être délogées manu militari par des agents de sécurité. Quelques semaines plus tard, trois d’entre elles sont arrêtées et placées en détention provisoire. L’affaire des punkettes fait grand bruit dans le pays. En avril 2012, à l’appel du patriarche Kirill, des dizaines de milliers d’orthodoxes prient en plein air dans la capitale après ces sacrilèges que représentent pour eux la « prière punk » et la profanation de la cathédrale.

Mais qui se cache vraiment sous les cagoules colorées ? Toutes trois sont étudiantes ou diplômées en journalisme, philosophie ou photographie. Deux d’entre elles — Nadedja et Maria — sont de religion orthodoxe et mères d’enfants en bas âge. « Elles ne sont pas antireligion, insiste Galia Ackerman. Ce qu’elles nomment merde de + Dieu +, c’est le lien entre le pouvoir et la hiérarchie de l’Eglise ! » Membres du groupe d’art contestataire « Voïna » créé en 2011, elles n’en sont pas à leur premier coup d’éclat. En 2008, Nadedja a posé nue, alors enceinte de neuf mois, avec son mari dans un musée de Moscou. En 2011, elle dessine un gigantesque phallus face aux bureaux du « service fédéral de sécurité (FSB, ex-KGB) ». La même année, Ekaterina s’illustre en embrassant des policières dans un métro de la capitale.


TROIS MINUTES DE CHANSON ... TROIS ANS DE CAMP REQUIS

Elles sont poursuivies pour avoir entonné le 21 février 2012, encagoulées, avec guitares et sonorisation, une « prière punk » intitulée : « Marie mère de Dieu - chasse Poutine ! » à l'intérieur de la « cathédrale du Christ-Sauveur ». Au total, cinq femmes du groupe « Pussy Riot » ont participé à cette action, mais seules trois ont été arrêtées par la police. Les juges ont ordonné leur maintien en détention jusqu'en janvier 2013. Emprisonnées depuis cinq mois, les trois prévenues (22, 24 et 29 ans) ont répondu de « hooliganisme » et d’« incitation à la haine religieuse », selon le procureur du « tribunal de Moscou » qui a requis mardi 07 août 2012 trois ans de camp contre elles.

« Nous n'avons pas prononcé de mots insultants à l'égard des croyants, de l'+ Eglise + ou de + Dieu + », ont assuré les prévenues dans une déclaration lue à haute voix par l'avocate Violetta Volkova au cours de cette nouvelle audience retransmise en direct sur le site internet du « tribunal Khamovnitcheski », situé dans la capitale russe. « Nous n'avons procédé à aucune agression (...), nous n'étions animées que par l'envie d'améliorer la situation politique », insistent-elles. Réagissant à l'énoncé de l'acte d'accusation, dans lequel il est écrit que les trois femmes ont été guidées par « la haine de la religion », Samoutsevitch et Tolokonnikova ont plaidé non-coupable, tandis qu'Alekhina a affirmé à plusieurs reprises « ne pas comprendre les chefs d'accusation ».

« Ce procès bafoue le christianisme », a insisté Nadedja, la jolie brune aux lèvres boudeuses, avant de lancer, dans un élan théâtral : « Comme l’écrivain, je suis convaincue que le verbe détruira le béton ». A ses côtés, la blonde Maria s’est aussi tournée vers les magistrats : « Je n’ai pas peur de vous. Vous ne pouvez pas me priver de ma liberté intérieure ». Il n’en fallait pas plus pour faire passer les jeunes femmes du rang de dégénérées à celui d’icônes en lutte pour la démocratie. « Ce ne sont pas des écervelées en quête de gloire ! soutient Galia Ackerman. Mais des jeunes filles très sérieuses qui ont un discours ciblé et élaboré ». « Ce sont aussi des militantes dont l’action s’inscrit dans un large mouvement de contestation en Russie, né cet hiver avec la vague de manifestations liée à la réélection de Poutine », renchérit Marie Mendras.


DES PLEURNICHARDS PLEURNICHENT

« Elles n’ont rien cassé, ça a duré à peine deux minutes et il y avait quatre personnes dans la cathédrale. Au mieux, c’est un délit administratif », estime Galia Ackerman, journaliste et historienne franco-russe. Oui, mais voilà. Vladimir Poutine, le patriarche orthodoxe Kirill et une partie de la population russe ont peu apprécié la chansonnette qui dénonce en creux la collusion entre le gouvernement Poutine et la hiérarchie religieuse.

Les avocats de la défense, qui qualifient les accusations d'« absurdes » et d'« inventées », ont demandé que Kirill soit convoqué au « tribunal » en tant que témoin, mais cette requête a été rejetée. Les prévenues ont, quant à elles, qualifié les poursuites engagées contre elles de « censure politique » visant à « provoquer un sentiment de peur » chez les Russes. Bien que la justice ait promis un procès public aux trois jeunes femmes, autorisant la retransmission en direct des audiences, le tribunal a interdit - pour des raisons de sécurité - la prise d'images vidéo et de photos pendant l'intervention des témoins, à la demande du « parquet ».


VIDÉO : CLIP DU GROUPE « PUSSY RIOT ».


NOTE :

Débuté le 20 juillet 2012, le procès aura duré quinze jours. Le verdict est fixé à vendredi prochain 17 août 2012. Le tort des « Pussy Riot » ? Avoir entonné le 21 février 2012 dernier, avec collants, cagoules colorées et guitares électriques, une « prière punk et féministe » dans l’enceinte de la « cathédrale du Christ-Sauveur » à Moscou. Un morceau énergique à la qualité musicale incertaine et au refrain éloquent : « Sainte Vierge, Sainte Vierge, chasse Poutine! Chiasse, Chiasse, Chiasse de Dieu ! Sainte Vierge, Sainte Vierge, deviens une féministe ! ».

Mis à jour (Lundi, 13 Août 2012 12:45)

 

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