Il n'est pas sûr que Bonaparte ait lancé à ses soldats, le 21 juillet 1798, aux portes du Caire : « Du haut de ces pyramides, quarante siècles vous contemplent. » Cette phrase - dont on possède une demi-douzaine de versions différentes - a été un peu réécrite pour les besoins de l'épopée. Elle a durablement marqué les esprits et contribué à asseoir le mythe napoléonien. D'autres discours, d'appellation mieux contrôlée, ont changé le cours de l'Histoire. Seize d'entre eux sont publiés par paires, dans Points (3 euros le volume).

Paradoxalement, cette collection est lancée au moment où l'on commence à tout trouver sur Internet. A elle seule, la Documentation française a mis en ligne... plus de 100 000 discours publics. Mais le plaisir de lecture n'est pas le même. Ces minces cahiers à la couverture kaki permettent de goûter chaque phrase, et de la comparer éventuellement à la version originale, puisque les discours prononcés en anglais figurent en édition bilingue.
Certains textes vont naturellement ensemble. Il était logique, par exemple, d'associer dans un même volume le plaidoyer de Lucien Neuwirth pour la « maternité volontaire (1er juillet 1967) » à la fameuse intervention de Simone Veil sur le « droit à l'avortement (26 novembre 1974) ». De même, l'Appel du 18 juin 1940 du général De Gaulle fait parfaitement écho au discours que Winston Churchill avait prononcé le même jour, après le désastre de Dunkerque.
Un rapprochement intéressant nous est proposé, dans un autre volume, entre Gandhi ("Le mal ne se maintient que par la violence", 23 mars 1922) et le dalaï-lama (« La vérité est la seule arme dont nous disposons », 10 décembre 1989). Dans un registre différent, on retrouve chez Barack Obama (« Yes we can », 8 janvier 2008) les accents de Franklin D. Roosevelt (4 mars 1933), assurant à ses compatriotes, assommés par la crise économique : « Nous surmonterons nos difficultés. »
« J’AI FAIT UN RÊVE »
Certains discours sont associés parce que diamétralement opposés. La célèbre plaidoirie de Robert Badinter contre la « peine de mort (17 septembre 1981) » prend un relief supplémentaire quand on la rapproche d'une intervention éloquente de Maurice Barrès en faveur de « la peine exemplaire (3 juillet 1908) ». D'autres discours, au contraire, se rejoignent étrangement. Qui aurait songé à associer Martin Luther King et Ernest Renan ? Ce dernier s'était pourtant prononcé en 1882 contre une définition de la communauté nationale fondée sur la race, la religion ou même la langue. Il anticipait, d'une certaine manière, « l'hymne à l'égalité » de Martin Luther King (28 août 1963).
« J'ai fait un rêve », déclarait le pasteur noir. Cette formule est entrée dans l'histoire, comme le « Yes we can » de Barack Obama. Il faut savoir, en effet, retenir l'attention par une petite phrase, facilement mémorisable. C'est l'un des soucis des speech writers modernes, puisque les hommes d'Etat ont pris la mauvaise habitude de faire rédiger leurs discours par des collaborateurs.
En 1938, après les accords de Munich, Churchill, qui n'était pas encore au pouvoir, avait lancé de manière prophétique à Chamberlain : « Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre. » Mais il lui revint de la conduire. « Je n'ai rien à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur », déclarait-il le 13 mai 1940 à la Chambre des communes. Malgré les apparences, c'était aussi une leçon d'optimisme politique, comme le sont tous les grands discours.
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Mis à jour (Jeudi, 22 Octobre 2009 09:11)























