Le vendredi 30 mars 2012, le colonel Marcel TSOUROU et plusieurs de ses éléments ont été arrêtés à Brazzaville . Ils sont dans les locaux de la « DGST » qui est dirigé par le colonel Philippe OBARA. Des lourds soupçons pèsent sur le colonel Marcel TSOUROU, après les élèments troubles constatés, lors de son 56ème anniversaire, à la veille des explosions qui ont endeuillées notre capitale congolaise. Jugeant l'évènement important, le pouvoir de Brazzaville a fait encerclé les bâtiments de la sécurité d'Etat. Plusieurs autres militaires d'autres unités ont été arrêtés. Une information de Ghys Fortune DOMBE BEMBA. Source :  « Dac-Presse ».



Un prisonnier sous les verroues. 


Le 03 mars 2012, à la veille des explosions qui ont endeuillées notre capitale congolaise, le colonel Marcel TSOUROU, secrétaire général adjoint du « Conseil National de Sécurité », célébrait son 56ème anniversaire. Plus de 500 invités, triés sur le volet avaient répondu à l’appel, au domicile de l’officier dans le quartier de la maison d’arrêt de Brazzaville. Sur les cartons d’invitation, obligatoires, deux éléments troublaient :

1- D’abord, le chiffre fêté n’était pas rond ou quinquennal comme il est de coutume pour les anniversaires en grande pompe dans notre pays.

2- En outre, la carte annonçait également la célébration concomitante de 29 ans de carrière militaire du colonel. Encore un chiffre qui ne tourne pas rond.

Il semblait alors pour la plupart des convives, que l’occasion servait plutôt à interpeller Denis SASSOU NGUESSO, maître des anoblissements civils et militaires, qu’un officier aussi reconnu pour ses compétences techniques que pour son allégeance au régime ne pouvait attendre plus longtemps le grade de général, alors qu’il est colonel depuis 16 ans. Au cours de la soirée, les choses ne vont pas tout à fait se passer ainsi. Ou plutôt, pas seulement s’arrêter là. En effet, après le passage de griots contant l’histoire – quelque peu orientée – du peuple téké, le colonel a pris la parole devant un auditoire composé à plus de 90% de téké. Dans un discours long, direct et animé, il a retracé son parcours scolaire, auto-qualifié de très brillant, du primaire en passant par l’école des enfants de troupes, les formations militaires en Roumanie et en Russie. Il a ensuite retracé ses fonctions militaires, en remerciant au passage André MILONGO qui fit de lui lieutenant-colonel, puis Pascal LISSOUBA qui le nomma colonel, malgré a-t-il dit, des crocs en jambe qu’il leur a posé, car étant à l’époque au service de Denis SASSOU NGUESSO. Ce dernier, ne l’ayant jamais nommé à aucun grade.

Mais plus grave encore, il s’est plaint d’avoir été exposé au procès des « disparus du Beach », lâché comme un mouchoir qui a trop servi, par un régime qui d’ailleurs ne l’a jamais récompensé et a déjà tenté de le faire assassiner. Il n’a pas manqué de présenter ses excuses à tous ceux qu’il a endeuillé alors que, dit-il, il a tout fait pour l’éviter. Il a demandé aux Tékés de prendre leur pleine place dans l’histoire du Congo et au moment venu, s’ils devaient agir, de ne pas hésiter à prendre leurs responsabilités par tous les moyens, « je répète a t-il dit, par tous les moyens ». Des applaudissements enthousiastes ont fusé. Et à l’adresse de celui qu’il n’a pas nommé, mais qu’il a bien caricaturé, il a dit « même la peur à ses limites. Et elles sont atteintes ». Pour finir, dans un air testamentaire, il a remercié sa famille de l’avoir toujours soutenu dans ces épreuves ou bien souvent sa vie n’a tenu qu’à un fil. Le lendemain matin, Brazzaville était en feu. Plusieurs tonnerres d’une violence inouïe dévastaient les camps militaires de Mpila avec les dégâts que nous connaissons.

Depuis quelques années déjà, le colonel Marcel TSOUROU à qui le général Denis SASSOU NGUESSO doit la réussite de son « coup d’Etat de 1997 » ainsi qu’une certaine pacification du Pool, conteste la mauvaise gouvernance érigée en système politique comme naguère le général Emmanuel NGOUELONDELE. Pendant la fête de son anniversaire, le colonel Marcel TSOUROU avait tenu un « discours » très virulent contre le général Denis SASSOU, appelant les participants, à 90% téké, « de prendre leurs responsabilités devant l'histoire et de cesser d'avoir peur de SASSOU ».

Un ex guerrier originaire du Pool, et proche du milieu Kouyou qui ne pardonne toujours pas à SASSOU d’avoir organisé la disparition du président Marien NGOUABI aurait déclaré le 28 février 2012 à Ouenzé que « je pars pour Pointe-Noire, mais après moi, ça va péter, vous allez voir ». Il a été interpellé et retenu à la « DGST » pour savoir d’où lui venait cette prédiction et déterminer les liens qu’il a pu avoir avec d’éventuelles autorités politiques ou militaires, notamment le colonel Marcel TSOUROU car il semble qu’ils soient les deux seuls à avoir prédit quelque chose, qui s’est réellement produit. C’est dans cette suite que le colonel Marcel TSOUROU a été interpellé vendredi 30 mars 2012, et retenu jusqu’à nouvel ordre. Il semblerait qu’à sa suite, le ministre de l’enseignement technique André OKOMBI SALISSA est également dans le collimateur et pourrait à son tour être aux arrêts.


« TENTATIVE DE DÉSTABILISATION DU RÉGIME »

L’enquête a été confiée à la « Direction générale de la surveillance du territoire (DGST) ». Depuis le 20 mars 2012, quelques colonels gestionnaires de l’armement ont été interpellés et mis aux arrêts dans les locaux de cette institution. Les colonels André SAHOUS, Germain ICKONGA AKINDOU, Claude MOPITA sont de ceux là. Des civils ont également été entendus, nomment les entrepreneurs qui furent chargés de construire les nouveaux entrepôts d’armement. Mais depuis quelques jours, les enquêteurs semblent se focaliser sur la piste TSOUROU, élargie désormais en piste téké. Le scénario évoqué est celui d’une tentative de déstabilisation du régime qui aurait pris une ampleur dépassant les prévisions des instigateurs.

En effet, au lieu de détruire simplement l’armement, objectif initialement prévu, des centaines de civils ont payé. Les auteurs ont eu peur de poursuivre leur œuvre, en s’emparant du pouvoir par exemple ou en le forçant tout au moins à négocier, car avec cette tuerie odieuse, la porte de la « cour pénale internationale » semblait ouverte, ainsi que le rejet du peuple congolais pour un éventuel nouveau régime survenu dans de telles conditions. Ainsi, pour les enquêteurs, le discours du colonel mécontent trouve son explication.

La « garde présidentielle » est en alerte maximum. Le domicile du colonel Marcel TSOUROU a fait l'objet d'une fouille sérieuse et très méticuleuse. Le colonel Marcel TSOUROU qui conteste depuis toujours la valeur et les compétences du conseiller spécial Jean Dominique OKEMBA n'est pas à sa première présence dans les locaux de la police politique congolaise. Les opérations d’arrestations et de perquisitions pourraient se poursuivre car plusieurs autres officiers sont visés. Bien que les raisons ne soient pas connues, il est possible que les explosions de mpila ne soient pas étrangères à ces arrestations.


QUELQUES QUESTIONS EN SUSPEND

1. Si cette explosion est d’origine criminelle, c’est dans les rangs des forces armées que se trouvent les commanditaires. Alors, pourquoi confier cette enquête à une entité des mêmes forces armées, à savoir, la « DGST » ? Quand on connait la culture des règlements de compte, du tribalisme et des ambitions entre chefs militaires de cette armée de vainqueurs de guerre, les conclusions des enquêtes paraissent d’avance orientées.

2. Il conviendra d’ailleurs de se pencher sur le statut de cette institution, la « DGST » pour vérifications et interrogatoires elle a le droit de garder à vue des suspects et de posséder des cachots à cet effet (cachots récemment climatisés par ailleurs). Car depuis la Conférence Nationale Souveraine dont les actes font encore autorités dans notre pays, les tribunaux d’exception comme les polices parallèles ou politiques ont été bannies.

3. Pourquoi ce n’est pas la justice classique qui mène l’enquête puisque les « tribunaux militaires » n’existent pas dans notre pays ? Si on voulait une plus haute structure, une commission d’enquête mêlant des juges et des parlementaires de tous bords aurait bien pu faire l’affaire.

4. Pourquoi la piste inter-mbochi qui opposerait les généraux Blaise ADOUA et Jean Dominique OKEMBA semble t-elle si vite écartée ? A tel point qu’aucun des deux n’a été interpellé. Le général Norbert DABIRA, inspecteur général des armées, a bien été écouté, mais pas gardé. Denis SASSOU NGUESSO aurait-il choisi de laver son linge sale en famille en tentant de raisonner ADOUA et OKEMBA au village, et en profitant entre-temps de se débarrasser des soldats « d’ethnies vassales » qui n’ont pas tenu leur fidélité jusqu’au bout ? Ce qui expliquerait d’ailleurs que la tâche soit confiée à la « DGST », un ressortissant de la cuvette-ouest, car il est connu qu’il est préférable de faire sous-traiter les basses œuvres.

5. Les personnes interpellées au sujet de la non exécution des marchés qui auraient vu la délocalisation de l’armement en cause ont tous, civils et militaires, rejeté la responsabilité du retard d’exécution à Jean Jacques BOUYA, patron des grands travaux, qui n’a jamais payé un seul sous des centaines de millions décaissées par le trésor à cette fin. Ils se demandent d’ailleurs pourquoi le directeur général des grands travaux, n’est pas convoqué ne serait que pour information. Serait-ce parce qu’il est conseiller et neveux du Président de la république ?

Mis à jour (Dimanche, 01 Avril 2012 18:34)

 

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