C'est l'une des dernières « tribus perdues » d'Israël : quelque 8 000 falachmoras subsistent dans les camps de la province éthiopienne de Gondar, où ils attendent de partir vers « Sion (Jérusalem) ». Souffrant de malnutrition, ils reçoivent une aide de l'Agence juive et des évangélistes américains. Africains, ils seraient les descendants de juifs qui se sont convertis au christianisme pour des raisons économiques, parfois même de survie. Par Laurent Zecchini Source : « Le Monde.fr ».

Un policier israélien sur son cheval tente d'écraser un falasha éthiopien.
Leur filiation avec la tribu de Dan, fils de Jacob, est discutable, d'autant qu'ils ont toujours eu des liens plutôt distendus avec les communautés éthiopiennes des Beta Israel, autrement dit les falachas, qui sont restés juifs. La querelle, entretenue par certains rabbins ultraorthodoxes, n'a plus guère d'importance depuis que les autorités religieuses d'Israël ont décidé de reconnaître la judaïté des falachmoras en 2002, tout en limitant le bénéfice de la « loi du retour » à 4 500 d'entre eux.
Parce qu'une partie de leur famille a déjà fait le voyage de l'aliyah (littéralement l'« ascension » vers Israël), les falachmoras savent que le biblique pays de Canaan n'est plus tout à fait « un pays ruisselant de lait et de miel », où les juifs à la peau noire seraient les bienvenus. Ces dernières semaines, des milliers d'Israéliens, la plupart d'origine éthiopienne, sont descendus dans la rue, certains avec le visage peint - moitié noir, moitié blanc - pour tenter de réveiller une société israélienne indifférente à ce « phénomène grandissant du racisme » dénoncé par le président israélien, Shimon Pérès. En 2012, force est de constater que les « falachmoras » et les « falachas » sont des citoyens de seconde zone en Israël.
Le rythme d'arrivée des premiers n'a cessé de se ralentir, passant de 300 à 110 olim (immigrants juifs) par mois. Officiellement, il n'y aurait plus assez de place dans les centres d'absorption. En réalité, la communauté des Israéliens d'origine éthiopienne est déjà forte de quelque 120 000 membres, et, manifestement, de l'avis de certains Israéliens, c'est déjà beaucoup.
La majorité d'entre eux sont les « falachas », arrivés grâce aux ponts aériens de novembre 1984 et mai 1991, lors des opérations « Moïse » et « Salomon ». La première a été racontée dans le beau film de Radu Mihaileanu Va, vis et deviens (2005), qui omettait cependant une explication : la « loi du retour » est d'autant plus un devoir sacré pour les juifs qu'elle remplit une utile fonction démographique, pour équilibrer la présence arabe. Si cet impératif demeure, l'aliyah d'origine éthiopienne est devenue une réalité sociale dérangeante dans les 23 zones urbaines où elle représente au moins 25 % de la population.
En signant un engagement de ne pas louer ou vendre un appartement à des familles noires, 120 propriétaires de la ville de Kiryat Malachi ont provoqué l'indignation : dans un programme télévisé, certains d'entre eux ont parlé des « cafards » éthiopiens, et mis en cause leur « odeur ».
A Beit Shemesh - située à une trentaine de kilomètres à l'ouest de Jérusalem -, il existe une ségrégation institutionnalisée dans les jardins d'enfants, de facto encouragée par le maire. Plus de la moitié des Israéliens-Ethiopiens vivent au-dessous du seuil de pauvreté, sont structurellement dépendants des services sociaux, enregistrent des échecs scolaires et ont peu de chances d'accéder à des postes de responsabilité au sein de l'armée et dans le secteur privé, en leur faveur, pour les emplois dans l'administration, les entreprises d'Etat et les municipalités. Un monument érigé sur le Mont Herzl commémore le martyre des 4 000 « falachas » qui sont morts sur le chemin de la Terre promise, et Sigd, le festival éthiopien, est aujourd'hui officiellement reconnu. Mais il est une réalité plus lourde de conséquences : lorsqu'ils arrivent en Israël, les juifs d'Ethiopie reçoivent des subventions au logement qui ne sont valables que dans certaines villes, voire dans certaines rues. Le résultat est la création de « ghettos noirs » où règne une grande pauvreté.
« En Ethiopie, ma famille a été persécutée parce qu'on était juifs. En Israël, on nous traite d'Ethiopiens » : telle est la réflexion amère du jeune Shlomo dans Va, vis et deviens. C'est mot pour mot ce que disent les immigrants de la seconde génération qui manifestent dans les rues de Jérusalem, Tel-Aviv et Kiryat Malachi. Ceux que la presse appelle les « Ethiopiens » s'interrogent désormais avec colère sur ce que signifie, concrètement, ce « devenir » en Israël.
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Mis à jour (Dimanche, 29 Janvier 2012 17:38)






















