Quatre jours après l’arrivée des observateurs des « Nations unies » en Syrie, le ministre des Affaires étrangères français a reçu, ce jeudi 19 avril 2012 à Paris, quatorze homologues du groupe des « Amis de la Syrie ». Les chefs de la diplomatie de pays occidentaux et arabes estiment que la mission d’observation traverse une phase critique. « Il est temps d’agir », explique Alain Juppé. Il a mis en garde contre le risque d'une guerre civile en Syrie en cas d'échec du « plan de paix » du diplomate Kofi Annan et a plaidé en faveur d'un renforcement de la mission des observateurs de l'« ONU ».

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a annoncé le rappel de l'ambassadeur de France en Syrie, le 16 novembre 2011. La tension entre la France et la Syrie paraît maximale.
« Le plan Annan, c'est l'assurance de la paix et de la liberté. Son échec, c'est le chemin vers la guerre civile, voire régionale », a dit Alain Juppé à l'issue d'une réunion à Paris de 14 ministres des Affaires étrangères des pays du groupe des « Amis de la Syrie ». « Nous ne pouvons pas attendre, le temps est compté. Il faut que les observateurs soient vite déployés et puissent agir sans entrave », a-t-il ajouté. « Si ce n'était pas le cas, nous devrions examiner quelles autres options s'ouvrent au + Conseil de sécurité (de l'ONU) + et à la + communauté internationale + ».
Les pays réunis à Paris constatent que la mission Annan traverse « une phase critique du fait du refus de Damas d'appliquer ses engagements », a dit Alain Juppé en présentant les conclusions de la réunion. Ils « exigent des autorités syriennes qu'elles mettent immédiatement fin à la violence armée sous toutes ses formes », a-t-il ajouté.
Présente à la réunion de Paris, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a évoqué une « résolution » du « Conseil de sécurité » comprenant des sanctions si les observateurs étaient empêchés d'accomplir leur mission. Ces sanctions pourraient inclure un embargo sur les armes et les déplacements ainsi que des mesures d'ordre économique, a-t-elle ajouté.
PROTOCOLE D'ACCORD
Alors que les violences se poursuivent en Syrie en dépit du « cessez-le-feu » conclu la semaine dernière, Damas et les Nations unies ont signé jeudi un protocole sur l'exercice de la mission d'observation du « cessez-le-feu » et les conditions de déploiement « des bérets bleus » sans parvenir à s'entendre sur la taille de leur mission ni sur l'utilisation de moyens aériens. Seule une avant-garde de six observateurs non armés est présente pour le moment sur le territoire syrien.
Aux termes de la résolution votée samedi 14 avril 2012 au « Conseil de sécurité », la mission de surveillance du « cessez-le-feu » entré en vigueur il y a une semaine devrait comprendre 250 observateurs. Mais ces effectifs sont jugés insuffisants, notamment par le secrétaire général de l'« ONU », Ban Ki-moon, qui espère les faire passer à 300. La France estime qu'il en faudrait 300 à 400.
La répression violente de l'opposition au régime de Bachar al Assad a fait plus de 11.000 morts, selon l'« ONU », des dizaines de milliers de prisonniers et des centaines de milliers de réfugiés depuis treize mois. « Chaque jour qui passe se traduit par la mort de dizaine de civils syriens supplémentaires », a dit Alain Juppé. « Il n'est plus temps de tergiverser, il est temps d'agir ».
Selon les services de Kofi Annan, envoyé spécial conjoint de l'« ONU » et de la « Ligue arabe », le protocole signé entre le gouvernement syrien et les Nations unies devrait permettre le déploiement d'un plus grand nombre d'observateurs. « Cet accord expose dans les grandes lignes les fonctions des observateurs alors qu'ils accomplissent leur mandat en Syrie, ainsi que les tâches et responsabilités du gouvernement syrien », a déclaré Ahmed Fawzi, porte-parole de Kofi Annan, dans un communiqué. « Cet accord préliminaire a pour objectif de faciliter la tâche des observateurs dans le cadre de la souveraineté syrienne », indique pour sa part le ministère syrien des Affaires étrangères dans un communiqué.
COMBIEN D'OBSERVATEURS ?
Les diplomates s'interrogent cependant sur la taille de la mission, pour qu'elle soit efficace. Le secrétaire général de l'« ONU », Ban Ki-moon, espère faire passer le nombre d'observateurs à 300 et Alain Juppé, qui s'est exprimé à Paris peu avant la réunion du groupe des « Amis de la Syrie », a estimé qu'il en faudrait 300 à 400. Réunis jeudi à New York pour faire le point sur la situation avec Jean-Marie Guéhenno, adjoint de l'envoyé spécial Kofi Annan, a plaidé pour le déploiement rapide d'observateurs supplémentaires en Syrie en dépit des risques persistants sur le terrain, selon des diplomates.
Edmond Mulet, secrétaire adjoint du Département des opérations de maintien de la paix aux « Nations unies » a déclaré par ailleurs que les « Nations unies » devaient encore trouver un accord avec Damas sur l'emploi de moyens aériens pour faciliter la mission élargie des observateurs. La Russie et la Chine ne devraient quant à elles approuver l'envoi d'une mission plus importante que si le régime d'Assad y est favorable, donnant de facto un pouvoir de « veto » à la Syrie.
VIDÉO : LE POINT DE PRESSE D'ALAIN JUPPÉ LORS DE LA RÉUNION INTERMINISTÉRIELLE DES AMIS DE LA SYRIE DU 12 AVRIL 2012.
Le temps est compté : chaque jour qui passe, des dizaines de Syriens sont tués. Le plan de sortie de crise des « Nations unies » serait la solution, selon le ministre français des Affaires étrangères Alain Juppé.
Mais en cas d'échec, les pays « Amis de la Syrie » ne comptent pas rester les bras croisés. « Même fragile, un dernier espoir est porté par la mission Annan, nous nous engageons à tout faire pour qu'elle réussisse » ajoute Alain Juppé avant de préciser : « Si ce n'était pas le cas, nous sommes décidés à faire en sorte que le + Conseil de sécurité + et la + communauté internationale + examinent d'autres options pour sortir de cette tragédie ».
Ces autres options, certains les ont trouvées : à défaut de ne pouvoir intervenir militairement en Syrie, le ministre des Affaires étrangères de l'Arabie Saoudite, Saoud al-Fayçal, parle d'armer la population : « Nul ne doute aujourd'hui que c'est un carnage qui se déroule en Syrie. Ce qui est étrange, c'est que les criminels qui commettent ces tueries ont le droit d'avoir des armes et le peuple innocent ne peut même pas se défendre. Voilà pourquoi nous avons envisagé d'armer les civils ».
En attendant, en Syrie, ce sont les observateurs des Nations unies qui tentent de faire respecter le fragile « cessez-le-feu ». Mais pour Alain Juppé, l'« ONU » doit faire voter une nouvelle « résolution ». Son objectif : envoyer une mission d'observateurs aussi robuste que possible. En d'autres termes, avec plus de moyens.
L'ABSENCE DE MOSCOU
La Russie n'était pas présente jeudi 19 aril 2012 à Paris, ce qui n'est pas de bon augure pour la suite. Car si Moscou a voté ce mois-ci avec les autres membres du « Conseil de sécurité » pour approuver le plan Annan et envoyer des observateurs, la tactique russe de temporisation pour ménager l'allié syrien reste en vigueur. On voit mal la Russie embrayer sur le vote d'une « résolution » qui ressusciterait le spectre d'un recours à la force. Dans le même temps, les tensions s'accroissent. Un responsable de l'« Armée syrienne libre (ASL) », le général Moustapha Ahmed al-Cheikh, a réclamé jeudi des frappes chirurgicales, sans aval de l'« ONU », contre des installations clés du régime de Damas. À Paris, le prince Saoud al-Fayçal a appelé la « communauté internationale » à « aider les Syriens à se défendre ». Quant à Hillary Clinton, elle a révélé que la Turquie envisageait d'invoquer la charte de l'« OTAN », qui prévoit la solidarité entre les États de l'« Alliance », après les bombardements intervenus sur sa frontière avec la Syrie.
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Mis à jour (Dimanche, 22 Avril 2012 14:12)






















